Il y a des montagnes qui se montrent. Et puis il y a celles qui vous regardent.
Le Grand Combin appartient à la deuxième catégorie.
Depuis les terrasses de Verbier, les ruelles de Sarreyer, les alpages de La Chaux ou les chemins de Mauvoisin, il est là. Toujours là. Immobile. Silencieux. Assis dans son immense fauteuil de glace comme un patriarche qui n'aurait plus rien à prouver à personne.
Le Cervin, lui, aime les photographes. Le Grand Combin préfère les observateurs. L'un pose. L'autre habite le paysage.
Et si les Bagnards sont parfois un peu chauvins lorsqu'on parle de montagnes, c'est peut-être parce qu'ils savent quelque chose que le reste du monde ignore encore : notre géant n'a pas besoin de publicité.
Une carrure de seigneur
À 4'314 mètres d'altitude, deuxième plus haut sommet de Suisse romande, le Grand Combin n'est pas seulement une montagne. C'est une présence.
Vu depuis Verbier, il ressemble parfois à un vieil aristocrate des Alpes. Le front large. Les épaules massives. Le regard sévère.
Les jours d'hiver, lorsque les nuages s'accrochent à ses flancs, on dirait qu'il tire sur son col de fourrure. Au coucher du soleil, son visage rougit comme un homme qui aurait passé l'après-midi à raconter des histoires devant une bouteille de Fendant. Et les matins de foehn, lorsqu'un nuage lenticulaire vient se poser sur son sommet comme un chapeau, on imagine volontiers qu'il a décidé de ne recevoir personne.
Car le Grand Combin possède un caractère. Les habitants du Val de Bagnes le savent. On ne le regarde jamais deux fois de la même manière. Il est notre tableau quotidien, une œuvre qui change d'humeur selon la lumière, les saisons et les colères du ciel.
Certains consultent la météo sur leur téléphone. Les anciens regardent le Combin.
Un Monsieur qui n'aime pas qu'on le dérange
Le Grand Combin est beau, mais il n'est pas toujours aimable. C'est toute la différence.
Son élégance cache un tempérament redoutable. Sous son costume de neige se cachent des séracs géants, des crevasses profondes et des pentes qui rappellent régulièrement aux hommes qui commande réellement là-haut.
Les alpinistes connaissent bien un passage devenu presque légendaire : le Corridor. Un couloir dominé par d'immenses séracs suspendus. Une sorte de rue mal fréquentée où personne ne traîne inutilement. On passe vite. Très vite.
Parce que le Grand Combin possède cette qualité rare chez les montagnes modernes : il n'a jamais cherché à devenir fréquentable. Il exige encore le respect, peut-être même davantage aujourd'hui qu'hier.
Les récits d'accidents, de disparitions et de sauvetages continuent malheureusement d'alimenter son histoire. Comme tous les grands seigneurs, il rappelle parfois brutalement que sa compagnie se mérite.
Ses premiers visiteurs
Pendant longtemps, le Grand Combin est resté un territoire mystérieux. Une masse blanche immense entre le Val de Bagnes et le Val d'Entremont. Une sorte de continent glacé posé au milieu du Valais.
Le 20 juillet 1857, les chasseurs de chamois Benjamin Fellay, Maurice Fellay et Jouvence Bruchez réalisent la première ascension du Grand Combin, ouvrant la voie aux générations d'alpinistes qui suivront.
À l'époque, les sommets ne sont ni des trophées ni des décors. On s'y aventure par curiosité, par goût de l'inconnu, parfois simplement parce qu'une montagne qui domine l'horizon finit toujours par attirer les regards et les pas.
Les premiers récits parlent d'un massif immense, compliqué, presque labyrinthique. Une montagne qui se défend. Une montagne qui oblige à réfléchir avant d'avancer. Exactement comme certains vieux Bagnards.
Celui qui tient la vallée en respect
Si le Grand Combin était un homme, la cabane Panossière serait probablement son salon.
Suspendue face au glacier de Corbassière, elle offre l'une des plus belles rencontres de montagne des Alpes. On n'y vient pas seulement pour dormir. On vient rendre visite au géant.
La cabane observe le Grand Combin comme un voisin observe la maison d'en face depuis des générations. Chaque jour révèle une nouvelle expression, une nouvelle couleur, une nouvelle humeur.
Et il faut reconnaître qu'au fil des années, les gardiens successifs des lieux ont largement contribué à entretenir cette relation particulière entre les humains et la montagne. À Panossière, le Grand Combin n'est jamais un simple sommet. C'est presque un personnage du village.
Quelques histoires que raconte le vieux Monsieur
Un personnage qui a vécu plus de cent cinquante ans d'alpinisme finit forcément par accumuler quelques histoires.
Les guides de Bagnes et d'Entremont y montaient autrefois avec des équipements qui feraient aujourd'hui sourire n'importe quel alpiniste : des souliers cloutés, quelques vêtements de laine, des piolets rudimentaires et une solide dose de courage. À les entendre raconter leurs ascensions, on a parfois l'impression qu'ils partaient rendre visite à un voisin un peu éloigné. Un voisin situé à 4'314 mètres d'altitude.
Le Grand Combin a vu passer des générations de guides, de gardiens de cabanes, de rêveurs, d'alpinistes chevronnés et de simples marcheurs venus chercher un peu de grandeur. Il les regarde défiler depuis longtemps, avec le même détachement qu'un grand-père observant ses petits-enfants courir dans le jardin.
Faire le tour du personnage
Pour ceux qui préfèrent converser avec le géant sans aller lui serrer la main, il existe le Tour des Combins. L'une des plus belles randonnées alpines d'Europe.
Plus d'une centaine de kilomètres de sentiers, plusieurs jours de marche, des cabanes perchées, des glaciers suspendus, des passages entre Suisse et Italie. Et toujours cette silhouette immense qui réapparaît au détour d'un vallon, comme un acteur principal qui refuse de quitter la scène.
On traverse des paysages où la roche, l'eau, la glace et les pâturages semblent avoir été réunis dans un même décor.
Une montagne qui se mérite
Le Grand Combin n'est pas seulement un sommet que l'on contemple. Certains vont jusqu'à lui rendre visite.
L'été, on vient à sa rencontre crampons aux pieds. L'hiver, on lui rend visite à skis. Le chemin change, le décor aussi, mais le rendez-vous reste le même : aller saluer l'un des grands seigneurs des Alpes.
Et puis il y a le Trophée des Combins. Depuis 1965, cette course mythique rappelle que dans cette vallée, les plus beaux défis se vivent souvent en montagne.
Le plus célèbre des habitants
C'est probablement l'habitant le plus photographié de la région. Et pourtant, il ne vit ni à Verbier, ni à Bruson, ni à Champsec. Il vit un peu plus haut. Beaucoup plus haut.
Le Grand Combin accompagne les habitants du Val de Bagnes depuis toujours. Il est dans les fenêtres, dans les souvenirs, dans les cartes postales et dans les conversations. On croit le connaître parce qu'on le voit tous les jours.
Mais son visage change sans cesse avec la lumière, les saisons et les années. Alors il faut continuer à lever les yeux.
Parce que même les vieux Messieurs de 4'314 mètres ne sont pas éternels.
Envie de partir à la rencontre du Grand Combin ? Renseignez-vous auprès de notre partenaire le Bureau des Guides de Verbier..
Photos : ©Bureau des Guides de Verbier / Verbier Promotion.