Quand la vie, le sport et le destin se jouent à chaque battement.
Prologue - Cendres et braises
Il est de ceux que l’on croit éteints…et qui rallument leur feu là où d’autres auraient renoncé.
Philippe May, dit "Fifi", ne court pas après les honneurs. Il avance, tête haute, cœur assisté, jambes toujours en cavale.
Quelques tatouages discrets, racontent ses cicatrices. Il fend la vie comme il fend la neige à 250 km/h : avec rage, instinct et précision.
Dans ses veines, ce n’est pas que du sang qui coule. C’est une braise. Une promesse de feu.
Un phénix valaisan. Né à Verbier en 1970. Revenu mille fois de ses cendres.
Chapitre I - Le nid fendu
Quand son père s’est éteint, Philippe n’avait que 6 ans. Un cœur qui lâche trop tôt, un foyer qui bascule, une enfance bouleversée. Versegères, petit village dans la vallée, devient alors son abri. Mais Verbier reste sa lumière. L’enfant du haut rêve de neige, de lignes, de vitesse. Il fait ainsi du ski de compétition et c’est dans cet univers qu'il gravite. Il est plutôt seul, avec peu de soutien familial sur les bords de piste ou sur les compétitions, là où les autres enfants sont portés par des parents passionnés.
Mais c’est ici que le feu commence.
Silencieux. Mais solide.
“Je voyais les autres bien entourés. Moi, je devais faire tout tout seul. J’ai appris à me battre très tôt.”
Chapitre II - L’envol du Phénix
Adolescent, il entame et termine un apprentissage de menuisier. Mais le bois ne suffit pas à nourrir son feu.
Blessure au genou : le ski alpin, c’est fini. Du moins, c’est ce qu’il croit.
Mais le phénix ne meurt pas. Il mue.
Il décroche sa patente de professeur de ski, pour rester sur la neige, autrement.
Toujours avide de compétition, un ami lui parle de kilomètre lancé, une discipline spectaculaire de ski de vitesse, où l’on dévale une pente raide en ligne droite, dans le but de repousser les limites de la vitesse humaine sur neige. Ce choix n’est pas anodin : c’est un sport de glisse, qui aurait moins d’impact sur son genou blessé.
C’est là que tout s’ouvre.
Pas de virages. Pas de détour. Une ligne droite.
Comme lui.
“ J’ai beaucoup sacrifié. J’ai souvent dormi dans ma voiture pour me permettre de m’entrainer. J’ai lâché mon travail et vivais de petits boulots. Mais j’ai tenu. Comme toujours.”
Quand le corps vacille, l’esprit trouve sa force dans un souffle qui renaît. Philippe découvre un nouveau terrain de glisse, plus doux pour ses blessures, mais tout aussi intense.
Un souffle puissant, celui du phénix qui refuse de s’éteindre, qui porte son feu toujours plus loin.
Dans cet univers effréné, Philippe enchaîne les performances : des podiums, des victoires, un globe de cristal… Son nom s’impose dans le milieu.
C’est là, dans cette arène de vitesse et de passion, qu’il rencontre Tracie Sachs, une athlète américaine elle aussi multiple championne du monde de ski de vitesse. Elle deviendra sa femme, son pilier, sa complice de toujours.
Deux flammes. Deux trajectoires. Un même feu.
Chapitre III – Sous les ailes du Phénix
En 2008, il devient directeur de l’École Suisse de Ski de Verbier.
Il pose ses valeurs sur la neige comme sur un champ de course : rigueur, ambition, sens du détail. Ce qu’il a appris dans le sport, il l’applique à la gestion de la structure.
Il s’inspire de ses voyages, de ses compétitions autour du monde, des rencontres. Il ouvre ses œillères. Il écoute. Il observe. Il adapte.
Et insuffle un nouvel élan à l’institution, en la propulsant vers une reconnaissance encore plus forte dans le monde de la montagne.
Charismatique, tranchant, mais juste, il dirige comme on trace une ligne parfaite en poudreuse, avec souplesse, maîtrise et vision.
Toujours prêt. Toujours debout.
“C’est comme une course. Tu dois gérer chaque détail. Écouter les autres. T’adapter. Transmettre.”
Chapitre IV - A contre-peur
2014. Nouveau défi : la RAAM, la mythique traversée des États-Unis à vélo. Une épreuve extrême : 5 000 kilomètres, 50 000 mètres de dénivelé, à travers déserts brûlants, Rocheuses impitoyables, vents fous et sommeil en miettes. Cela faisait 5 ans qu’il l’avait en ligne de mire. Son Everest à lui.
Déjà sur le sol américain, il ressent quelques signes, des alertes discrètes mais insistantes. Il consulte. Et une semaine avant le départ : le verdict tombe : Philippe souffre d’une dysplasie arythmogène du ventricule droit : maladie du muscle cardiaque où les cellules musculaires sont progressivement remplacées par de la graisse et du tissu fibreux perturbant l'activité électrique du cœur et entraînant des troubles du rythme cardiaque.
Risque de mort subite. Un coup d'épée dans le feu.
Son coeur devra désormais cohabiter avec un défibrillateur.
Un destin suspendu. .
Pour les médecins, l’effort intense devient un territoire à éviter.
Ne plus défier les lois du corps.
Ne plus être… lui.
Mais le destin a ses alliés. À San Diego, c’est un cardiologue hors norme qui le prit en charge. Un homme qui comprend que Philippe ne vivra jamais dans la peur.
C’est lui qui lui posera son défibrillateur. Mais surtout, c’est lui qui, à rebours de tous les protocoles, lui laissera reprendre la route, la selle, l’effort.
Et le suit.
Partout.
Jusque dans ses courses, où les données de son cœur, transmises en temps réel, sont minutieusement scrutées par son médecin.
“Attendre sagement que le cœur lâche ? Non. Ce n’est pas une vie. Je préfère vivre intensément, quitte à partir plus tôt.”
Chapitre V - Renaissance en roue libre
ll repart.
Il pédale.
RAW, RAAM, RAE, RAP… Des courses ultrafondo incroyables de plusieurs centaines voire de milliers de kilomètres. Des épreuves d’endurance qui traversent des paysages extrêmes et testent les limites humaines.
Des courses folles, traversées de continents, d’efforts, de douleurs, de doutes.
Parfois il gagne. Parfois il échoue. Mais il avance. Toujours.
“Même avec un cœur connecté, je suis plus vivant que beaucoup. Je suis un cas pour la science. Mais surtout, je suis libre.”
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Au fil du temps, de ses entraînements ou de sa participation à ces courses, d’autres épisodes cardiaques se greffent à son parcours.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Au fil du temps, de ses entraînements ou de sa participation à ces courses, d’autres épisodes cardiaques se greffent à son parcours.
À quelques jours d’une épreuve, en juin 2021, il reçoit une décharge violente, inattendue.
Une douleur fracassante.
Un choc. Celui de son défibrillateur, ce compagnon silencieux, gardien invisible sans qui son cœur aurait choisi le silence éternel.
Deux ans plus tard, en juin 2023, une de ses sondes se fissure : remplacement en urgence.
Des rappels brutaux que le feu qui l’habite flirte parfois dangereusement avec la braise.
Mais chaque fois, il serre les dents. Il repart.
Parce que pour Philippe, la douleur fait partie du voyage.
Et la peur ne prend jamais le guidon.
Mais jusqu’où un cœur cabossé peut-il porter les rêves d’un phénix ?
Epilogue - Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.
Philippe May, c’est l’instinct pur.
Le mec qui ne rentre dans aucun cadre.
Pas celui de la médecine. Pas celui du sport. Pas celui de la vie bien rangée.
Mais c’est un homme de respect. De feu. D’audace.
Un phénix rock’n’roll.
Et si la science ne comprend pas comment il tient debout, lui, il sait.
Il écoute son corps. Son feu. Son instinct.
Et aujourd'hui plus que jamais, il avance. Toujours.
Même quand tout semble foutu d’avance.
1. citation Blaise Pascal